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Le nucléaire sans danger existe-t-il ?

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jeudi 8 octobre 2009, par Léon


L’histoire de l’homme avec les énergies fossiles pourrait assez ressembler à un pacte faustien : ... profitez dès maintenant, vous payerez plus tard ... comme si ces combustibles d’outre-terre et la façon dont nous les utilisons avaient été conçus dans le but de mettre la planète en danger. Si nous voulons le chaos climatique, il suffit de consumer la totalité de charbon, pétrole et gaz aussi rapidement que possible et nous aurons la garantie d’une extinction massive incluant les humains. Mephistopheles aurait, pour le coup, son pesant de chair (mélange de métaphores !). Mort et souffrance sont les conséquences de l’utilisation abusive des énergies fossiles - et chacun d’entre nous peut clairement s’en rendre compte, et même au-delà des dégâts causés par le tabac et les produits à base de pétrole. Quelles sont, alors, les alternatives, puisque fuir les énergies fossiles devient une évidence ?

Nous sommes tous enthousiastes à propos des énergies renouvelables. Mes amis ont récemment construit un éco-chalet (isolation massive) et installé des panneaux solaires photovoltaïques pour le chauffage de leur maison de ferme en pierres.

En ce qui me concerne, je suis sur le point d’installer dans ma demeure une pompe à chaleur puisée dans l’air et, d’ici quelques mois, de raccorder mon réseau électrique à un parc d’éoliennes produisant 6kWh. Je mène une vie simple et à faible énergie. Je voyage très peu, ne prend jamais l’avion et ne brûle que du vieux bois pour chauffer ma ferme. Je plante également des arbres. Mon but étant d’être neutre en carbone.

La plupart des gens n’ont pas la possibilité de faire toutes ces choses s’ils vivent dans des villes ou des zones urbaines. Ils ont besoin - et supposent obtenir - l’énergie électrique disponible d’un seul coup de commutateur. Alors, les énergies renouvelables, notamment éolienne et solaire, peuvent-elles nous fournir l’énergie dont nous avons besoin ? Malheureusement, la réponse - pour le moment - est négative et toutes les affirmations écologiques présentant le solaire, le vent et les vagues comme uniques énergies électriques, sont tout simplement naïves.

D’ici quelques décennies, les énergies renouvelables pourraient et devraient couvrir la totalité des besoins de la planète, dès lors que des infrastructures comme Supergrids ou des projets comme Desertec (installation de panneaux solaires géants dans le désert du Sahara), seront techniquement et politiquement viables. Mais pour l’instant, les énergies renouvelables ne fournissent qu’un pourcentage minime de l’énergie électrique totale utilisée. Quand le vent ne souffle pas et que le soleil ne brille pas, elles sont inutilisables. L’hiver dernier nous avons eu des semaines entières de temps gris et froid, sans vent. Pour nous chauffer et nous éclairer, nous avons encore besoin des énergies fossiles ... et de la production nucléaire.

Presque toutes les installations modernes et gadgets high tech dépendent entièrement de l’approvisionnement en électricité fiable. Aussi, plusieurs choix s’offrent à nous :

1 - Poursuivre la combustion des énergies fossiles comme si de rien n’était !...

2 - Éliminer les combustibles fossiles aussi vite que possible tout en construisant des systèmes de réserve d’énergies renouvables.

3 - Construire des centrales nucléaires pour remplacer les centrales électriques au charbon le plus rapidement possible, tout en poursuivant la production d’énergies renouvables (ce qui entre parfaitement dans le cadre du projet Green New Deal lancé par le président Obama dès son arrivée à la Maison-Blanche en novembre 2008).

La première option signifie catastrophe et devrait être inacceptable pour quiconque se soucie de l’avenir de ses enfants et du reste de la vie sur notre planète dépouillée.

La seconde impliquerait de nombreuses années en approvisionnement électrique peu fiable avec de fréquentes coupures de courant. Cela pourrait fonctionner si tout le monde était prêt à subir un préjudice : maisons froides, sans lumières, pas de télévision et pas d’ordinateurs la majeure partie du temps ... Ce qui paraît inconcevable à la majorité d’entre nous !

Qu’en est-il de l’option n° 3 ? Les centrales nucléaires génèrent une base fiable d’électricité pour de nombreuses années. Les catastrophes de Kychtym, de Three Mile Island mais surtout de Tchernobyl ont contraint l’industrie du nucléaire à mettre en place des normes de sécurité les plus exigeantes en termes de technologie. Cependant, et sans minimiser le moins du monde les risques associés au nucléaire, celui-ci reste quand même moins meurtrier que le charbon.

Il va sans dire que toute tentative visant à construire de nouvelles centrales nucléaires, en particulier dans des pays comme la Grande-Bretagne, va entraîner des protestations massives. Les raisons de ces protestations sont bien connues et souvent justifiées. Tout au moins, les structures de confinement du réacteur étant massives, à la fin de sa vie le réacteur devrait rester en place pendant plusieurs décennies avant que les niveaux de rayonnement soient suffisamment faibles pour permettre le démontage. Sans parler du problème non résolu de la prolifération des déchets radioactifs. Ce sont là de véritables causes de préoccupation.

Les manifestations anti-nucléaires peuvent retarder la construction d’une centrale, parfois pendant plusieurs années. Mais nous n’avons pas des années pour réduire les émissions de carbone. Aussi, existe-t-il un moyen pour rendre l’énergie nucléaire plus acceptable aux yeux de ses détracteurs ? Est-il possible de sécuriser encore plus le nucléaire ?

Loin des yeux, loin du cœur : Si vous visitez Llanberis dans le Nord du Pays de Galles, vous serez probablement mis au courant qu’une importante centrale électrique s’y trouve. Où est-elle ? Vous ne pourrez pas voir toutes les structures habituelles pour la bonne et simple raison qu’elle est entièrement souterraine. Alors, pourquoi ne pas envisager cette possibilité plus avant ? Pourquoi ne pas construire des centrales nucléaires souterraines elles aussi ? Dans la mesure où la taille de l’excavation nécessaire à une centrale nucléaire est comparable à la station de pompage-turbinage de Dinorwig à Llanberis, tous les espoirs sont permis.

Quels seraient les avantages et les inconvénients d’une centrale nucléaire souterraine ?

Avantages

1 - Puisque le confinement est infranchissable (choix approprié des conditions du sol, de l’hydrogéologie et des types de roche), les assemblages du réacteur seraient à l’abri d’une attaque militaire aérienne mais également d’éventuels attentats suicide. Ce qui est loin d’être le cas en extérieur, puisqu’un confinement au-dessus du sol ne pourrait pas résister aux bombes anti-bunker à haute pénétration ou à de petits dispositifs nucléaires, ces derniers rendant possible l’attentat suicide à la voiture. Dans notre monde dangereux, ce sont là des cas de figure à prendre en considération.

2 - Un tel confinement infranchissable serait également à l’abri des accidents, qu’ils soient externes (crashs d’avions) ou internes tels que la perte importante de liquide de refroidissement (comme lors de l’accident de Three Mile Island en 1979) ou bien encore la fusion du réacteur qui a causé la catastrophe de Tchernobyl. La construction de structures robustes nécessaires à un confinement au-dessus du sol n’est pas bon marché. Outre l’utilisation d’un maximum d’acier et de ciment, sa fabrication produit beaucoup de gaz à effet de serre !

3 - Il n’y a pratiquement aucun coût de désaffectation. Une surveillance est nécessaire, comme pour tous les dépôts de déchets nucléaires souterrains, mais puisque rien d’irradié ne se trouve au-dessus du sol, l’accès sera utilisé au minimum. En outre, il n’y aurait pas besoin sans cesse de supprimer des assemblages de combustible irradié à moins que le carburant ne soit destiné à être retraité. Lorsque le réacteur atteint la fin de sa durée d’exploitation, l’installation de son ensemble pourrait être scellé, avec son combustible irradié.

4 - Bien sûr, il y aura des protestations comme à chaque nouvelle construction de centrale nucléaire, avec des enquêtes interminables en raison de manifestations publiques. Mais le projet de rendre les centrales nucléaires souterraines devrait démonter la plupart des objections. L’acceptation publique et le consentement de planification devraient être plus faciles, car il n’y aurait pas d’infrastructures de surface, sur lesquelles, il est vrai, il y a beaucoup à redire. La plupart des craintes habituelles du public et des objections cesseraient d’être des problèmes graves. Cela signifie également que la plupart des réacteurs (comme le PWRs utilisé dans toute la France et la plupart des États-Unis) pourraient être réalisés même s’ils ne sont pas aussi sûrs, potentiellement, que les réacteurs dit de "quatrième génération", en raison de la sécurité supplémentaire conférée par les centrales électriques souterraines.

Inconvénients

Le coût : Personnellement, je n’ai pas la moindre idée sur l’incidence budgétaire de l’implantation souterraine d’une centrale nucléaire. Mais si l’on prend en compte la minimisation des coûts de déclassement (aucun élément historique n’explique le coût de l’énergie nucléaire comme nous le constatons maintenant) et que l’on investi dans un dispositif d’élimination de carburant, je pense que ce coût serait tout à fait viable. L’économie est juste faussement limitée car il n’y a pas de taxe carbone. Quoi qu’il en soit, quel est le prix pour la sécurité ? Et si un service public d’électricité désire réutiliser autant que possible l’infrastructure de la conception du premier réacteur arrivé en fin de vie, il pourrait juste creuser une autre chambre et y construire son nouveau réacteur amélioré. Les lignes électriques, turbines, transformateurs, etc. pourront être utilisés à nouveau.

Autant que je sache, personne n’a jamais essayé d’établir ce coût. La cuve actuelle du réacteur et les échangeurs de chaleur sont des structures vraiment très petites en raison de la densité de puissance élevée qui permet la production nucléaire. Ainsi, la chambre ne serait pas plus grande que beaucoup d’autres construites habituellement à des fins différentes. Le réacteur remonté pourrait être installé dans une mine désaffectée. Bien sûr, tous les sites souterrains dépendent de l’existence d’une source de refroidissement à proximité (rivière, lac, mer) pour la condensation de vapeur des turbines. Toutes les sections non-radioactives de la centrale nucléaire pourraient se trouver au-dessus du sol afin de réduire les coûts.

L’emplacement : Trouver de bonnes conditions en sous-sol, en particulier dans les zones pluvieuses où les eaux souterraines se déplacent rapidement, pourrait être un problème. Un site comme celui de Llanberis serait, en théorie, idéal, car les excavations pourraient être faites sur le côté escarpé de la vallée d’où les eaux souterraines s’écouleraient par gravité.

Le refroidissement : Comme pour toute turbine à vapeur, de l’eau froide est nécessaire tant pour augmenter la vapeur que pour la condenser. Il n’y a aucune raison pour que les turbines et les systèmes de refroidissement ne soient situés sous terre, car ils ne sont pas en contact avec les pièces radioactives du circuit. Une grande partie de la centrale pourrait, comme les centrales traditionnelles, se trouver près d’une rivière ou de la mer.

Donc, si nous voulons la génération de fission nucléaire à une échelle plus large, en attendant que les énergies renouvelables viennent à notre secours, pourquoi ne pas construire toutes les centrales nucléaires sous terre ? Je pense que cette question mérite une réponse raisonnable.