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Le fulgurant développement de la Chine met-il notre planète en danger ?

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vendredi 11 juillet 2008, par Gabrielle


La Chine apparaît aux yeux du monde comme une "superpuissance émergente", comme une page de l’histoire fascinante relatée par les médias. Cette image est renforcée par la propagande que les dirigeants chinois actuels s’évertuent à diffuser. Mais la réalité est tout autre. Le plus grand danger est sa fragilité.

Bien que les récents événements au Tibet et à l’ouest de la Chine, ainsi que la réponse du gouvernement en place, semblent être générateurs de sentiments patriotiques pro-gouvernementaux, ils démontrent de façon significative les pratiques extrêmes des autorités chinoises. Toutes ces sources de malheur causées par le régime, y compris les disparités de revenus et l’inévitable effondrement du contrôle des prix de la consommation, non renouvelable, du carburant et de la nourriture, pourraient inciter les zones urbaines et rurales à protester, d’autant que tous ces gens n’ont aucun moyen légal de s’opposer au gouvernement.

Pendant ce temps, l’Occident, dans son obsession sur ses propres difficultés économiques par rapport au "géant chinois", néglige de se préparer à l’éventualité d’une Chine "faible". Tout comme nous n’avons pas réussi à prévoir et à se préparer à l’implosion de l’économie japonaise et à l’effondrement de l’Union Soviétique, nous semblons peu disposés à un dramatique renversement économique et politique en Chine, ce qui serait un événement formateur de ce 21ème siècle.

La Chine est véritablement et dans tous les sens du terme un "monde en construction". Les projets de loi et de réforme sont rédigés, corrigés, revisités chaque jour, dans tous les secteurs publics : santé, social, économique, juridique, institutionnel... La profondeur et l’ampleur de cette transformation touche la Chine dans toutes ses dimensions, et la vie politique y est difficile à comprendre même pour les experts du monde chinois.
Avec un peu de chance, cette grande expérience pourrait être l’une des plus réussies de l’évolution de l’humanité. Si elle échoue, les conséquences à la fois pour la Chine et pour le reste du monde pourraient être tragiques, voire catastrophiques.

Comme l’économie mondiale se glisse peu à peu dans la récession, les médias sont remplis de sondages impressionnants sur les statistiques économiques et sociales chinoises et même sur les progrès militaires.

Quelques exemples :

"Pékin dispose de 3 millions de véhicules et en rajoute 1000 par jour à ses rues déjà bien embouteillées".

Qu’en est-il en réalité ?
La zone métropolitaine de Pékin s’étend sur environ 16 000 Km² avec une population de près de 17 millions d’habitants.
La zone métropolitaine de Los Angeles, avec une population similaire sur seulement un quart de la région, dispose quant à elle de plus de 7 millions de véhicules.
Au niveau national, donc, la Chine dispose de 22 véhicules pour 1000 habitants - les Etats Unies, 764 véhicules pour 1000 habitants !!!
Ce sondage se passe de commentaires, non ? Pas de quoi s’affoler non plus !

"Les embouteillages de Pékin reflètent un sérieux manque au niveau des infrastructures de transports en commun, et les trois nouvelles lignes de métro ouvertes cet été pour accueillir les JO combleront à peine ce manque".

"La Chine est la troisième puissance économie mondiale et elle a augmenté son taux de croissance de 10% par an pendant plus d’une décennie". 

Qu’en est-il en réalité ?
Le produit intérieur brut de la Chine est de 3,8 billions de dollars, pour 1,4 milliards de personnes - c’est inférieur à un tiers des 13,2 billions de dollars de l’économie américaine, pour 300 millions de personnes. Le PIB de l’Union Européenne fait près de cinq fois celui de la Chine avec un tiers de la population.

Si l’on se base sur la consommation d’énergie et sur divers autres indicateurs, le taux de croissance de la Chine à long terme serait probablement supérieur à 6% par an. Cependant, si la dégradation de l’environnement est inclus dans les calculs, la Chine n’a pratiquement aucune croissance nette, selon les rapports de la Banque Mondiale et les déclarations de hauts fonctionnaires du Ministère chinois de l’Environnement.
Même en supposant que le taux de 10% revendiqué actuellement par la Chine comme modeste base économique puisse continuer indéfiniment, le pays serait quand même rattrapé par les Etats Unis au bout de 20 ans - le produit intérieur brut par habitant n’atteindrait même pas celui des Etats Unis. L’écart entre la moyenne des citoyens occidentaux et celle des citoyens chinois n’est pas près de se resserrer.

"La consommation de pétrole de la Chine est responsable d’environ un tiers de l’augmentation de la demande au cours des dernières années (et le pays consomme également d’énormes quantités de fer, aluminium, ciment, etc.)". 

Qu’en est-il en réalité ?
La Chine consomme environ 9% du total mondial de pétrole, en comparaison avec l’Amérique du Nord, qui en consomme 30% et l’Europe, 22%, il devient nécessaire de relativiser, surtout que la consommation des énergies fossiles est en constante augmentation dans le monde entier (l’Inde aussi est en plein développement).

Trop d’articles alarmistes circulent actuellement concernant les statistiques chinoises, mais les problèmes fondamentaux de ce pays sont trop souvent ignorés. La disparité dans la répartition des revenus dépasse même celle des États-Unis, le gouvernement chinois ne prévoit pratiquement rien en matière de couverture sociale, et la plupart des gens n’ont même pas accès aux soins de santé. Les villes étouffent sous la pollution de l’air et l’eau, rare, est dangereuse à boire. Même les médias les plus "humanistes" laissent souvent l’impression que ces problèmes ne sont que des questions de protection sociale qui ne sont pas fondamentales au regard de la Chine toute puissante.

De nombreux travaux universitaires ont également approuvé cette image de "superpuissance émergente", peut-être dans l’espoir qu’un titre accrocheur attirera l’attention du public et permettra de vendre des livres et des idées. Après le succès du livre d’Alain Peyrefitte « Quand la Chine s’éveillera, le monde tremblera » paru en 1973, de nombreux ouvrages sont actuellement sur le marché, la plupart relatant les différentes analyses économiques et statistiques réalisées sur la Chine.

Il paraît évident que toute lecture intéressante fasse état que la Chine quitte lentement le féodalisme en tentant d’utiliser, fébrilement, les fruits de la technologie occidentale pour sauver son peuple de la famine, mais il est extrêmement difficile de quantifier les réelles limitations économiques imposées par la Chine en matière d’environnement et du manque de ressources naturelles. Malheureusement, ces préoccupations sont rarement considérées comme de véritables contraintes au développement de la Chine, et les conséquences d’un éventuel essoufflement du pays ne sont pas sérieusement explorées par les différents représentants de la politique internationale.

Le fait est que le gouvernement communiste chinois en place ainsi que les institutions économiques, sociales, politiques et juridiques sont très faibles. la Chine n’est pas efficacement gouvernée. Elle devra combattre l’adversité pendant des décennies pour dépasser le stade de la survie. Elle a construit une économie d’exportation dépendante et mal adaptée à ses besoins intérieurs, et les obstacles liés à l’environnement et aux ressources naturelles seront bientôt insurmontables face à sa croissance rapide.

Le gouvernement actuel a réussi à insuffler au pays l’esprit d’entreprise, axé principalement sur les profits immédiats, mais il n’est pas en mesure de réguler ce fulgurant et impérieux besoin économique et de garder à l’esprit qu’il est préférable de se concentrer sur la qualité plutôt que sur les bénéfices. Conscients des effets néfastes de la situation économique et sociale actuelle, les leaders n’ont d’autres alternatives que de prendre des mesures répressives.

La Chine a donné satisfaction aux lois nationales concernant le nombre d’heures de travail, le salaire minimum, le travail des enfants, la nourriture, la sécurité des travailleurs, la propriété intellectuelle, la pollution de l’air et de l’eau. Mais les juges et les procureurs du gouvernement en place n’ont pas le pouvoir de faire appliquer ces lois, car ils sont contrôlés par les autorités provinciales locales et les dirigeants des partis. Ces fonctionnaires, qui bénéficient souvent personnellement ou professionnellement de la réussite des entreprises, sont rarement enclins à l’application des lois.
La transformation actuelle de la Chine oblige le nouveau gouvernement à créer un système de protection sociale capable de gérer le chômage, la retraite, l’invalidité, l’enfant et les prestations d’aide sociale - fonctions autrefois attribuées aux familles. Cette culture traditionnelle est en train de s’effondrer pour faire place à un nouveau mode de vie : la société urbaine.

Le soi-disant tout-puissant gouvernement en place ne peut même pas mettre fin à ses subventions importantes concernant l’essence, l’électricité et la consommation d’eau. L’augmentation spectaculaire des richesses incite à la corruption, comme par exemple les expropriations de propriétés privées pour aider les promoteurs... L’opinion publique est de plus en plus sensibilisée à ce genre d’action.
À l’heure actuelle, le conflit avec le Tibet ne menace pas le gouvernement au niveau national. Mais il montre comment les événements peuvent devenir rapidement incontrôlables face au monde médiatique et qu’il n’existe pas en Chine de participation démocratique propre à calmer les mécontents. Mais la situation de détresse dans laquelle se trouve le peuple chinois suite aux décisions économiques est plus menaçante pour le régime. Bien que moins médiatisés sur un plan international, les événements tels que le rassemblement non autorisé à Shanghai, en opposition à une nouvelle ligne de chemin de fer, d’une classe moyenne d’un quartier résidentiel, manifestation organisée par l’intermédiaire d’Internet et des messageries de téléphones portables, et la demande d’audience publique des citoyens contre le projet d’usine PX à Xiamen, montrent les risques de prise de décision du gouvernement sans possibilités de participation du public.

L’image populaire de "superpuissance émergente" véhiculée dans les médias prend le plus souvent à leur valeur nominale les affirmations des dirigeants chinois quant au succès de leur gouvernement. Ils affirment que le "miracle économique" de la Chine, la transformation radicale de Beijing, de Shanghai et d’autres grandes villes, sont leurs oeuvres et qu’ils gérent et contrôlent tout ce qui se passe dans le pays en matière d’environnement, problèmes sociaux et économiques.
Le gouvernement pourrait en effet être en mesure de bloquer ou de tuer plusieurs milliers de dissidents (une tâche relativement facile logistiquement, bien que les récents événements au Tibet aient démontré qu’il existe encore des valeurs significatives). Mais cette tâche est beaucoup plus facile que la conception et la mise en œuvre nécessaires de réformes économiques modernes, de réglementations, d’institutions de protection sociale et de programmes dans une société qui n’en possède quasiment aucun.

La Chine est grande, et son influence internationale n’a cessé d’augmenter, comme on pouvait s’y attendre d’un pays peuplé de près d’un quart des habitants de la planète. Mais qui en a fait une "superpuissance" ? Ou même un "pouvoir" ? En quoi consiste exactement le "pouvoir" de près de 500 millions d’agriculteurs en survie qui n’ont même pas l’électricité, l’eau potable et une habitation correcte, et dont la seule formation consiste à écrire et à lire quelques textes prescrits ? Comment beaucoup de "pouvoir" pourrait être obtenu en ajoutant 500 autres millions de citadins éduqués avec les mêmes aspirations que les occidentaux mais vivant dans des structures économiquement et écologiquement non viables ? Replacer le pays face à ses difficultés bien réelles permet de se rendre compte bien vite que les capacités de la Chine ne sont pas aussi éminentes qu’elles sont souvent dépeintes.